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Auteur : François Coupry

L’aigle de XI (4)

Au départ de XI Jinping, ce fut un désarroi dans cette salle d’apparat qui devenait noire. Le n’importe-quoi était à son comble : la fille de M. Piano se débarrassait de son vêtement pseudo chinois, oubliant qu’elle ne portait rien dessous, elle était charmante, le petit-fils apparut tout à coup en haillons de morts-vivants dégoutants et dégoulinants, pour mettre un peu de piment à la scène, Mme Piano préparait un risotto pour une raison dont elle ne se souvenait plus mais que les lecteurs peut-être se rappellent. Seuls à garder leur superbe, M. Piano demeurait un panda intraduisible et...

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L’aigle de Xi (3)

A peine arrivé au palais de Pékin pour assister la famille Piano, je vis entrer Xi Jinping, dans la grande salle maintenant couleur émeraude. Le maître de la Chine eut un sursaut devant M. Piano transformé en panda, qui gueulait et dont personne ne comprenait la langue, le petit-fils et sa mère soudain déguisés en Chinois d’opérette, comme les Dupondt à la page 45 du Lotus bleu, et Madame Piano qui ressemblait de plus en plus à Mme Fenouillard. Heureusement Xi fut rassuré par la présence de son aigle ex-humain, qui parlait tous les idiomes, à part le patois...

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L’aigle de Xi (2)

A Pékin, l’aigle, au milieu des tentures devenues jaunes, toisa de nouveau ses invités, la famille Piano, le père, la mère, la fille et le petit-fils : « Maintenant, disait-il, que je suis devenu oiseau, et que j’ai la liberté de parole, je peux vous avouer que, lorsque j’étais un humain, je consacrais mon temps à conseiller secrètement les gouvernements chinois. Nul, aujourd’hui, même pas mon maître Xi, ne peut m’empêcher de vous révéler comment fonctionne le Pouvoir, en sa sagesse, sa délicatesse et sa perversité : il faut laisser la parole au peuple, comme lorsque l’on soulève un...

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L’aigle de Xi (1)

Épuisé d’écouter des experts analyser, minute après minute, sur les chaînes d’information sempiternelle, la couleur des gilets de vieux râleurs, M. Piano se rendit en Chine, avec sa famille, son épouse, sa fille, son petit-fils, à l’invitation de l’aigle de Xi Jinping. Et cet aigle, aux yeux verts et immobiles qui perçaient les autres regards, leur dit : « Bienvenue à la famille Fenouillard moderne, dont l’emblématique parapluie est remplacé par un téléphone portable. Vous vous trouvez devant l’aigle de Xi, mais sachez qu’il y a encore deux mois j’étais un humain, et informaticien. J’ai préféré devenir oiseau, issu...

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Révolution dans les révolutions ?

Depuis des milliers d’années, nous manifestons. Régulièrement, nous occupons les chemins, les rues, nous brandissons des fourches ou des hurlements inscrits sur des pancartes, nous lançons des cailloux, des pavés, nous brisons des portes, nous bousculons les gardes, les policiers, ce que nous disons être les signes du Pouvoir. Nous réclamons du pain, la fin de l’esclavage, la liberté, l’équité devant la Loi, nous exigeons la diminution des impôts qui nous saignent. Nous allons, nous crions, nous pillons les réserves de blé, les banques, les opulents magasins, nous luttons contre les riches. Parfois, petit à petit, nous obtenons gain...

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Le Château, en deux versions

Hier, sur les chaînes d’informations continuelles, j’avais demandé au Président de me recevoir. Ce matin, il m’a prié de venir au Château. Je me suis présenté à l’heure dite, aussitôt les gardes m’ont invité à entrer dans le bureau présidentiel. Je n’ai pas attendu dans les antichambres, je me suis assis directement devant le Président, en tête à tête. Il était charmant, attentif, il prenait des notes, je lui ai raconté ma vie. Il m’a écouté, pourtant ma vie n’a rien d’exceptionnelle, à part l’impression d’être délaissé, avec trop de charges, d’impôts, une famille à nourrir, la crainte du...

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Le silence des discours

Je suis descendu de ma montagne, et après les sapins où chantaient les oiseaux j’ai rencontré les villes hautes et riches, peuplées de gens contents qui sentaient le bon goût de la réussite, de l’optimisme, de l’esprit d’entreprise, des fêtes sous les palmiers et le soleil. Je leur ai dit : « Sœurs et frères humains, méfiez-vous ! Brandissant un rêve d’égalité, un peuple blessé, humilié, qui n’arrive plus à payer ses impôts, des classes délaissées, rurales, qui n’ont pas la même élégance que vous, ni la même culture ou la même cuisine, viendront, au nom de Jésus Christ...

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Et Brecht, aujourd’hui ?

Il n’y a pas très longtemps, c’était une seule et même personne – que nous avions surnommée par dérision Shakespeare – qui écrivait les discours du Président et les réponses critiques, violentes, des syndicats, des partis d’opposition. Je ne sais si ces pratiques ont changé, mais au moins les choses, alors, étaient claires, admises, programmées, sans surprise. Chacun dans son rôle – car c’était bien d’un théâtre qu’il s’agissait ; et l’on admettait mal l’improvisation. Les choses ont pu changer, on parle maintenant de sincérité, mais pour l’heure je ne vois pas la différence. C’est toujours d’un théâtre qu’il...

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La cavalcade des malentendus

Je suis malheureux : tels sont les mots que j’ai prononcés l’autre jour devant mon téléphone qui prend aussi les images. Il faut croire que j’avais une figure triste et adéquate, car ma tête et ma phrase ont fait, de réseaux en réseaux, le tour du pays. Depuis, je suis dépassé par les événements. Des tas de gens qui n’arrivaient pas à payer leurs dettes se sont identifiés à moi, et mon image est devenue un symbole, un drapeau, lors des nombreuses manifestations qui ont bloqué à moitié le pays. Dès le deuxième jour, j’étais pris dans un engrenage,...

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L’Histoire est un oubli permanent

Depuis quelques jours, ici, maintenant, on s’affole des gestes de quelques gilets jaunes qui osent, ces bougres, crier leur détresse, leur angoisse de ne pas avoir assez d’argent. On s’émeut à juste titre. Bon. Mais les voix des raconteurs, les multiples experts, nous ont bassinés sur les médias et réseaux sociaux triomphants avec l’originalité de ces mouvements anarchiques, inorganisés : ce serait inédit, neuf, symbole d’un changement d’esprit. On a oublié les révoltes d’antan, tout autant inorganisées, qui réclamaient du pain aux rois. On oublie que les encadrements politiques, syndicaux, sont bien plus récents que ces cris spontanés qui...

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La fin de notre monde

  Monsieur Piano, en costume et gilet bleu, fit un cours en cette année 2018 à l’Université de Naples devant une salle comble. Le sujet plaisait. « Pauvres gens, nous dit-il : quand en 3018 une expédition venue d’une lointaine planète habitée visitera notre Terre, on s’apercevra de l’extinction, relativement récente, de la civilisation humaine. « Les méta-savants qui composeront cette expédition avanceront des hypothèses, comme nous le faisions il y a un siècle pour tenter d’expliquer l’extinction rapide des dinosaures des millions d’années auparavant. « Parmi ces hypothèses, retenons : les luttes entre clans, familles, Etats, classes, cultures,...

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L’enquête exemplaire

Léonard Biessman n’avait qu’un seul défaut, son honnêteté. Cet universitaire, historien, grand reporter à ses heures, ce brave homme déçu par les piétinements de la police et de la justice décida d’enquêter sur le massacre d’Oklahoma-city qui, on le sait, nous émut il y a vingt ans. Nimbé d’une pureté évangélique, il voulait découvrir toute la vérité. Il fut mené en bateau et rama vers les illusions ; je le sais d’autant plus que c’est moi le responsable de ce massacre – et qu’il ne m’a jamais rencontré ! Mieux que le plus beau des policiers, se donnant le...

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L’information, après ou avant l’événement ?

J’ai connu Ramon Tigres avant sa présidence. Un excentrique si distrait qu’il devait noter chaque matin toutes les tâches à accomplir, des plus intimes au plus professionnelles. Ainsi passait-il une heure, dès l’aube, à raconter sa journée : ensuite, il n’avait plus qu’à barrer les lignes, c’était fait. Les surprises et les inattendus étaient rares. Un jour, il s’aperçut que beaucoup de tâches se réalisaient d’elles-mêmes, il suffisait de les avoir déjà écrites. Le résultat de tel rendez-vous d’affaires s’effectuait sans avoir besoin de se déplacer, telle somme d’argent était versée sans même avoir besoin de téléphoner. Il allait...

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Les bienfaits des erreurs humaines

Cette révolution dans l’Histoire de l’humanité commença le jour où le professeur Santiago Ben Jonhson, éminent mathématicien, s’insurgea contre le racisme, en direct dans une émission de télévision. Pour conclure sa démonstration sur l’égalité et le respect de l’autre, il assena maladroitement : Ce que je dis est aussi irréfutable que 2 + 2 = 6. Le monde entier rigola de réseaux en réseaux, et regretta cette faute qui ruinait sa belle péroraison. Quand Ben Jonhson s’aperçut de ce lapsus, il en chercha les causes dans son enfance, où sa mère mettait régulièrement quatre couverts quand on était six,...

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Fier de devenir minuscule ?

Il y eut, ces années-là, sur la planète, une grande et neuve interrogation sur l’avenir de l’être humain. Qui semblait bien compromis. Hildegarde Berg se comptait parmi les partisans d’une diminution de la taille ordinaire de l’humanité, et des bienfaits que le nanisme apporterait : elle mit son fils Arturo en pot dès sa naissance, lui ligatura les membres, freina sa croissance, comme l’on fait au Japon avec certains arbustes. Si bien qu’à quinze ans, le jeune garçon, qui n’avait jamais entendu parler d’un père, mesurait soixante centimètres, seule sa tête s’était développée, et fier d’être extraordinaire malgré ses...

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L’artificiel, le naturel et le jardinier

Nous l’avons tous éprouvé, rien n’est plus fatiguant qu’un jardin : il faut se baisser, bêcher, ratisser, planter, arroser, mais dès que l’on a enfin taillé un ensemble correct, les splendides roses se fanent, les herbes repoussent, les feuilles tombent, il faut recommencer, la nature est épouvantable. Et rares, éphémères, sont les moments où le jardin est parfait, lumineux de couleurs, d’harmonie, de fraîcheur. Mais, comme par hasard, personne ne visite alors votre jardin, les amis n’arrivent que lorsque les pétales des fleurs des cerisiers s’envolent aux vents, on est déçu. Près de Shanghai, le jardinier Yu Ti en...

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